Je me souviens de mes conversations avec Mathieu Roger, PDG d’EFOR. Il a su créer quelque chose d’exceptionnel : un cabinet de conseil qui s’est développé rapidement alors qu’il ne disposait, jusqu’à récemment, pratiquement d’aucune infrastructure numérique. EFOR, qui était à l’origine un cabinet de conseil spécialisé dans les sciences de la vie, est devenu un groupe affichant un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros en 2024, soutenu par Raise Invest et Andera.
Jusqu'à leur deuxième LBO, tout était géré sur Excel. Pas d'outils sophistiqués. Pas de tableaux de bord. Juste une organisation rigoureuse et des processus exceptionnels.
Mathieu lui-même n’a pas de parcours militaire, mais son équipe de direction, si. Cette influence est on ne peut plus évidente. La manière dont les décisions sont prises, le rythme des réunions, la clarté des attentes : tout cela rappelait une structure hiérarchique. Et pourtant, cela ne donnait pas une impression de rigidité, mais simplement de bonne organisation.
Ce qui m'a le plus impressionné, c'est à quel point il y avait peu de place pour l'interprétation. Chaque responsable opérationnel sait exactement ce qu'on attend de lui, même si tous les rapports sont établis sur Excel, sans même disposer d'un CRM. La culture d'entreprise ne repose pas sur des indicateurs qui clignotent à l'écran, mais sur la responsabilité de chacun. Cela a fonctionné parce que tout le monde prenait son rôle au sérieux.
C'est là tout le paradoxe : se passer de la technologie n'engendre pas le désordre, mais révèle souvent les atouts (ou, le plus souvent, les faiblesses) du modèle opérationnel. Dans ce genre d'environnement, le manque de rigueur n'est tout simplement pas toléré. Le suivi des factures se fait manuellement, les commandes sont confirmées par téléphone et les performances sont contrôlées directement par l'équipe de direction. Chacun connaît son rôle. Et chacun est tenu de s'y conformer.
Lors due diligence, lorsque je tombe sur une entreprise qui n’a pas du tout mis en place de transformation numérique mais dont l’EBITDA connaît une croissance rapide, je signale naturellement les risques opérationnels — mais surtout, j’y vois un indicateur fort d’un leadership exceptionnel et d’une grande rigueur dans l’exécution. Cela révèle également un potentiel inexploité considérable : si une entreprise peut atteindre ce niveau de performance sans outils numériques, imaginez l’effet de levier obtenu une fois que des systèmes de base — facturation, reporting, planification — auront été mis en place. Et vu la qualité avec laquelle ces équipes gèrent tous les autres aspects de leur activité, on peut parier qu’elles mettront en œuvre la technologie avec le même état d’esprit.