L'environnement favorable aux acheteurs (Buyer-Led) crée des opportunités de M&A dans les startups tech.
Après des années de valorisations élevées et de capitaux abondants, de nombreuses startups font aujourd'hui face à une réalité bien plus austère.
- La technologie reste intrinsèquement déflationniste : elle permet aux équipes de produire plus de code pour un coût moindre. Cependant, cette efficacité n'a pas épargné aux startups un brutal réajustement de leurs valorisations. Début 2025, le multiple de valorisation médian pour les sociétés SaaS privées est tombé à 4,1x.
- Les capitaux sont également plus difficiles à lever. Selon le dernier rapport Slush, seuls 18 % des fondateurs jugent la levée de fonds « facile » cette année. Pour beaucoup, une sortie par acquisition devient une option de plus en plus réaliste, et parfois nécessaire.
- L'activité M&A globale se situe à son niveau le plus bas depuis quatre ans.
Il existe probablement des opportunités intéressantes sur le marché européen pour intégrer une dimension tech dans les LBO du secteur des services (et au-delà), et pour structurer une thèse d'investissement axée sur la scalabilité.
Les petites startups ont parfois du charme (pas toujours). Le tech tuck-in est une acquisition de petite envergure (moins de 10 millions d'euros de VE) par laquelle une entreprise rachète un actif tech pour compléter ou enrichir son offre. Contrairement à une opération de M&A traditionnelle axée sur le rachat d'activités ou de revenus, le tuck-in vise principalement à acquérir des compétences spécifiques, une technologie ou des talents (acqui-hire).
Micro-SaaS verticaux et rentables. Les micro-SaaS sont les actifs qui se négocient encore bien : des SaaS de niche dotées d'une techno solide, économes en capital, très spécialisées, loin du « growth-at-all-costs ». Elles ciblent des marchés mid-market avec des produits profondément ancrés et orientés cas d'usage.
Startups post-Series A. Toujours en phase de burn, croissance limitée. Plutôt que de courir après une nouvelle levée de fonds risquée ou de mettre la clé sous la porte, elles peuvent intégrer leur produit dans une plateforme plus vaste où leur potentiel de passage à l'échelle est supérieur. Pour les fonds, en particulier les VCs early-stage, les tuck-ins constituent une alternative sur un marché des sorties gelé, sans subir l'impact réputationnel d'un down round ou d'une fermeture.
Ce type d'opération inclut souvent des earn-outs ou du capital dans la société acquéreuse, offrant aux fondateurs un potentiel de gain en cas de réussite de l'intégration — ainsi que la stabilité d'un salaire et d'une structure d'accompagnement post-acquisition.
Ils ont réalisé des acquisitions de type tuck-in
- En janvier 2024, le cabinet de conseil et d'expertise comptable Implid a fait l'acquisition de la legaltech Captain Contrat, une plateforme de services juridiques en ligne destinée aux PME.
- En 2021, le spécialiste français de l'ingénierie en sciences de la vie Efor a élargi son expertise data en intégrant Soladis.
- En octobre 2021, le groupe de gestion de patrimoine Crystal a accéléré sa transformation digitale en faisant l'acquisition de la brique technologique de Finansemble (Grisbee) afin d'accroître la productivité des conseillers.
Préserver l'EBITDA lors d'acquisitions bolt-on. Négocier de bonnes conditions avec un earn-out n'est que la partie visible de l'iceberg. Une due diligence tech rigoureuse et des packages de rétention ou d'earn-out pour les fondateurs tech et leur équipe… Les mécanismes d'earn-out ne font pas tout. Pour éviter l'érosion de l'EBITDA, vous devez intégrer dès le départ la roadmap d'intégration et sa dimension économique. L'erreur la plus fréquente que j'observe survient lorsque les acquisitions bolt-on sont pilotées par un management de transition qui découvre sur le tas la gestion d'une roadmap tech.
Nous pensons que nous en sommes aux prémices d’un changement de fond. Les « tuck-ins » sont une approche plus intelligente et plus réaliste pour créer de la valeur technologique sur un marché qui ne se laisse plus séduire par le battage médiatique. Mais ils ne fonctionnent que si l’intégration est prise au sérieux. J’ai vu trop d’équipes axées sur les services sous-estimer ce qu’implique l’intégration d’un produit technologique… et finir par perdre rapidement de la valeur.
Menées à bien, ces acquisitions ciblées à petite échelle peuvent s'avérer transformatrices. Elles exigent de l'humilité, de la précision et un respect sincère pour la contribution des équipes tech. C'est là que réside le véritable potentiel de création de valeur.